Standards et garantie de la responsabilité sociale des entreprises : un paysage émergent
La responsabilité sociale des entreprises est la dernière tendance mise à la mode par les cabinets de consulting en management. Et c'est une mode qui ne passera pas de sitôt si l'on tient compte de toute l'encre qu'ont fait couler les scandales liés à la mauvaise gouvernance entrepreneuriale et au manque d'éthique et de transparence comme ceux d'Enron, de World Com et d'autres.
Dans son acceptation la plus basique, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) est une simple notion qui fournit un cadre de travail aux chefs d'entreprise qui veulent garantir la rentabilité de leur société à long terme. Elle porte plus sur la manière dont les profits sont réalisés que sur le volume de profits engrangés ou les dividendes reversés. Prendre en compte la notion de RSE revient à comprendre comment les entreprises doivent se comporter à l'égard du monde entier et l'impact que leurs activités ont sur la société et l'environnement. Toutefois, derrière cette construction apparemment simple réside une immense confusion sur ce qu'est réellement la RSE et la manière dont il faut l'appliquer.
Une chose est sure, la RSE évolue en tant que concept mais aussi en tant que discipline professionnelle. La philanthropie et l'investissement dans la communauté cèdent la place à une approche plus ambitieuse où l'objectif de la RSE est de protéger et d'améliorer la valeur de l'actionnaire via une combinaison de partenariats innovants, d'initiatives et d'une bonne communication menant à une croissance des ventes. La RSE est également devenue une arme puissante dans la "course aux talents " (recrutement et rétention de personnel). Les experts espèrent qu'une fois les arguments économiques en faveur de la RSE avérés, elle (et ils!) ne disparaîtront pas sous prétexte de récession économique.
Une impressionnante panoplie de codes de conduite, de traités internationaux, de conventions et de déclarations, de principes et processus économiques ont émergé pour peupler le paysage RSE. Néanmoins, il reste souvent confus, notamment pour les néophytes. Tandis que certains dans la profession croient qu'il faut laisser les projets proliférer, d'autres cherchent des initiatives qui rendront le projet plus tangible, leur permettant d'intégrer et d'ancrer la RSE de façon pratique dans leurs organisations. Les entreprises réellement visionnaires recherchent des initiatives et des approches qui intègrent une large panoplie d'outils et de techniques dans le cadre d'un management commun.
A cet égard, citons le projet SIGMA qui a pour but de fournir les directives SIGMA[1]. SIGMA ambitionne de réunir et d'enrichir les travaux en matière de RSE et de durabilité réalisés ailleurs dans un cadre de gestion commun, lequel est à son tour soutenu par un ensemble de principes d'exploitation et une trousse à outils facilitant la mise en oeuvre. Le projet SIGMA résulte d'un partenariat entre AccountAbility, BSI et le Forum for the Future, trois organisations dotées d'un riche historique et toutes engagées dans la cause de la RSE et de la durabilité. Les directives SIGMA sont actuellement testées par un grand nombre d'organisations allant de The Boots Company à Marks and Spencer en passant par Vauxhall Motors, PowerGen, BAA, TNT, DEFRA et Cooperative Bank.
Si vous avez des sueurs froides à la mention du mot RSE, une aide est disponible auprès de nombreuses sources. Un nouveau guide édité par Business for Social Responsibility (BSR), "Conception d'une structure RSE"[2], assistera ceux qui cherchent à développer une système de gestion de la RSE. En outre, AccountAbility a lancé son très attendu AA 1000 Assurance Standard[3], qui est déjà reconnu comme une pièce vitale du puzzle RSE à présent que les parties prenantes appellent à de plus grandes transparence et responsabilité. En outre, les directives d'établissement de rapport de la Global Reporting Initiative's (GRI)[4] sont à la disposition de ceux qui veulent communiquer leurs performances sociales et environnementales.
L'Organisation international de Normalisation (ISO) espère également jouer un rôle majeur et a récemment entrepris une étude de faisabilité portant sur le potentiel de du Standard international pour la RSE[5]. L'ISO, probablement plus connue pour ses normes en matière de gestion de la qualité et de l'environnement ISO 9000 et ISO 14000, entre avec précaution dans l'arène politiquement sensible de la RSE. Elle est en passe de former un Groupe de conseil stratégique international multi parties prenantes sur la RSE pour évaluer le rôle et la contribution potentielle des normes ISO dans ce domaine et définir les procédures de développement des normes requises pour y parvenir.
Et qu'en est-il des approches réglementaires ou obligatoires à la RSE? La communauté européenne a, à ce jour, éviter d'introduire une réglementation mais n'a pas empêché certains de ses Etats membres à passer des lois sur la question. A compter de 2003, les entreprises françaises devront prouver leur engagement RSE en fournissant des comptes détaillés dévoilant leurs performances sociales et environnementales[6]. Quant à la loi s'appliquant aux entreprises du RU, elle exige des chefs d'entreprises la publication du détail de leurs performances sociales et environnementales s'ils pensent qu'il intéressera leurs parties prenantes et leurs investisseurs.

Ce qui nous amène à la conclusion finale: même en l'absence de législation, les entreprises subissent une pression croissante pour communiquer leurs performances sociales et environnementales. L'autorégulation et l'accès à des fonds d'investissement socialement responsable (ISR) ainsi que les nouveaux indexes boursiers tel le Dow Jones Sustainability Group Index et le FTSE4GOOD prouvent que la communauté financière prend la RSE au sérieux. Le message est là: "Ce sont les données concrètes qui intéressent ceux qui veulent investir dans votre entreprise." La RSE ne peut plus être considérée comme une activité facultative ou relevant des RP. Elle doit se traduire par l'amélioration des performances, des partenariats qui bénéficient à toutes les parties prenantes (pas seulement aux actionnaires) et des bénéfices qui génèrent de meilleurs résultats.
En outre, rappelons à ceux en quête d'assistance que ce ne sont pas les normes, les codes de pratiques et initiatives qui manquent. Il suffit de taper RSE dans un moteur de recherche Internet pour se rendre compte de l'abondante littérature!
Mark Barthel
Responsable de l'environnement, de la durabilité et de la RSE
British Standards Institution.
mark.barthel@bsi-global.com
+44 (0)20 8996 7335
www.bsi-global.com
[1] Pour de plus amples informations sur le projet SIGMA et pour télécharger les directives SIGMA visitez le site web : www.projectsigma.com
[2] Disponible sur www.bsr.org/store
[3] Voir: www.accountability.org.uk
[4] Voir: www.globalreporting.org
[5] Voir le site web de l'Institut international du développement durable (IIDD) : www.iisd.org ou www.iso.ch pour les dernières nouvelles concernant les nouvelles initiatives ISO.
[6] The Guardian, 26 septembre 2002, City Pages p.24 - "Good-causes burden irks executives".
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