Responsabilité sociale des entreprises: un nouveau paradigme d'affaires
Björn Stigson,
Président,
World Business Council for Sustainable Development (WBCSD)
Il y a dix ans, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) n'était pas un sujet largement débattu au sein des compagnies. Bien entendu, le contexte était différent. Il y a une décennie, lors du sommet de la Terre à Rio, les discussions portaient sur l'environnement et le développement plutôt que sur le développement durable. Par la suite, ces deux thèmes ont cédé la place au développement durable.
Définition de la RSE dans le milieu des affaires
Bien qu'un nombre croissant de sociétés reconnaissent que la RSE va au-delà des «bonnes actions pour la communauté» et qu'elle relève d'un débat stratégique, il n'existe pas de définition universelle de la responsabilité sociale des entreprises parce que ce concept est redéfini selon les besoins évolutifs et les époques. Il appartient à chaque société prise individuellement de définir les valeurs et les principes qui sont les siens, son 'nord magnétique' pour reprendre le jargon utilisé au sein du WBCSD.
Tandis que les fondamentaux de la RSE restent partout les mêmes, les points de vue divergent selon les diverses régions de la planète. Les enjeux ne revêtent pas la même nature et la même importance selon les secteurs et les régions. Les problèmes sociaux auxquels est confrontée une compagnie du secteur de l'énergie, par exemple, seront différents de ceux d'un laboratoire pharmaceutique. Et les solutions apportées au problème du VIH/Sida sur le lieu de travail seront d'une plus grande intensité dans les unités opérant au sud de l'Afrique, par rapport à celles implantées en Europe.
Aussi, les domaines touchés par la responsabilité sociale de l'entreprise sont diverses et croissantes chaque fois qu'une entreprise est confrontée à un nouveau défi ou à une crise. Ils comprennent les droits de l'homme, les conditions de travail, les relations avec les fournisseurs, la corruption et le développement de la communauté.
Comme il n'existe pas de définition universelle à la RSE, il ne peut pas y avoir une approche «taille unique». Aucun groupe d'indicateurs de progrès en terme de RSE ne peut convenir à toutes les entreprises. Pour répondre aux besoins variés des entreprises de la manière la plus flexible possible, le WBCSD a conçu un navigateur s'articulant en 12 points pour guider les compagnies affrontant défis et dilemmes sociaux.
Le navigateur est à la fois un outil et une approche conceptuelle et doit être appliqué à la lumière de l'évaluation de chaque compagnie et de sa propre situation. Il indique une direction et demande une vision, mais ne dicte pas le rythme du progrès. Il est assez flexible pour répondre aux défis et dilemmes propres à chaque organisation. Le navigateur met en exergue l'idée selon laquelle la vigueur que chaque compagnie met à poursuivre sa vision de la RSE est spécifique à sa situation particulière.
Le navigateur du WBCSD consiste en 12 points de référence distincts apportant assistance aux entreprises dans leur parcours RSE.
Le navigateur RSE s'articule autour de 12 points:
- Déterminez votre «nord magnétique»
- Etablissez les opportunités stratégiques
- Concentrez-vous sur les individus
- Déterminez le poids de votre legs
- Privilégiez les employés
- Connaissez votre voisin, sa communauté et sa culture
- Débattez et dialoguez
- Concluez des partenariats intelligents
- Tenez compte de la réputation
- Soyez un bon hôte
- Mesurez vos actes et soyez responsable
- Maniez avec précaution l'information, le savoir et la technologie
Une question qui ne date pas d'hier
La responsabilité sociale des entreprises a été l'un des principaux axes de travail du WBCSD ces dernières années. Nous avons publié deux rapports. Avec le premier, publié en 1999, Meeting Changing Expectations, nous avons cherché à savoir pourquoi la responsabilité sociale des entreprises importe aux sociétés et comment elles pouvaient traduire ce concept en actions pratiques.
Dans notre second rapport publié en 2000, Making Good Business Sense, nous avons opté pour une approche plus large. Nous nous sommes rendus dans sept pays en voie de développement pour tester notre conception et sonder les opinions des intervenants concernés, qu'ils fassent partie ou non des milieux d'affaires, sur ce qui signifiait pour eux la responsabilité sociale de l'entreprise.
L'essence de la responsabilité sociale des entreprises consiste à reconnaître la valeur du dialogue externe avec les parties prenantes. De ce fait, nous plaçons l'engagement des parties prenantes au centre de notre activité RSE. Les points de vue que nous avons entendu variaient selon les pays mais à chaque fois, le message sous-jacent restait le même: via la responsabilité sociale de l'entreprise, les compagnies avaient un grand effet bénéfique sur la société.
Globalement, les dialogues entre parties prenantes ont marqué le travail du WBCSD. Au cours des trois dernières années, plus de 2000 parties prenantes ont été impliquées dans une centaine de dialogues importants qui ont touché pratiquement tous nos programmes de travaux et nous ont amenés à faire le tour du monde pour prendre le pouls de l'opinion et tester nos résultats.
En janvier 2002, pour résumer notre action en matière de RSE, nous avons publié une brochure intitulée Corporate Social Responsibility: The WBCSD's Journey. Résumant notre conception actuelle sur cette question, ce court document assure la transition vers la prochaine étape de nos travaux de recherche, qui seront axés sur la façon dont les entreprises intègrent le concept de RSE dans le quotidien. Parmi les questions essentielles que nous nous sommes posées citons les suivantes: Comment aborder la question de manière optimale? Comment les entreprises peuvent-elles parvenir à stimuler l'apprentissage en mettant en commun leurs pratiques sur le plan social?
D'une certaine manière, notre progression reflète l'évolution de la conception de la RSE elle-même. Auparavant, la RSE était considérée comme un concept local à la sphère d'influence limitée selon lequel la responsabilité d'une compagnie était confinée à la communauté dans laquelle elle opère. Aujourd'hui, elle est perçue en termes plus larges et concerne les compagnies adoptant et appliquant des politiques RSE globales pour le plus grand bien de la société.
Dans le prolongement de nos travaux de RSE, nous avons initié un nouveau projet portant sur les moyens de subsistance durables, mettant l'accent sur le rôle des entreprises en vue de favoriser le développement durable dans les pays en développement. L'élimination de la pauvreté et la mise en place de moyens de subsistance durables sortent du cadre du débat sur la RSE, mais il s'agit manifestement d'un domaine où les entreprises ont un rôle à jouer.
Parallèlement, dans le cadre de nos travaux sur la durabilité Sustainability Through the Market, publiés en 2001, nous avons cherché à savoir comment les marchés peuvent favoriser la progression du développement durable. Le rapport publié l'an dernier propose sept moyens d'accéder à la durabilité grâce aux marchés. L'une de ces voies consiste à mettre les marchés au service des pauvres et, pour les entreprises, de proposer des produits et services qui contribueront aux solutions à la pauvreté touchant 2,8 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, qui vit actuellement avec moins de deux dollars américains par jour.
Pour de plus amples informations:
World Business Council for Sustainable Development
info@wbcsd.org
+41 22 839 3100
www.wbcsd.org
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