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La corruption est l'ennemi du développment

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Peter Eigen est Président de Transparency International (www.transparency.org), une organisation non gouvernementale leader mondial de la lutte contre la corruption. I l est professeur invité au sein du Carnegie Endowment for International Peace.

Là où règne la corruption, les aspirations au développement resteront un rêve inaccessible. Ce point de vue n'est plus l'apanage de la société civile. En 1996, le président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn, a fait de la lutte contre la corruption une priorité de l'agenda de la banque et aujourd'hui cette dernière déclare ouvertement qu'elle "a identifié la corruption comme l'unique grand obstacle au développement économique et social".

En mars 2002, lors de la conférence des NU sur le financement du Développement de Monterrey, une succession de ministères de pays donateurs ont rejoint la banque mondiale et les fonctionnaires du Fonds monétaire international pour déclarer unanimement que la corruption est l'ennemi du développement. Les aides proposées dans le cadre du Millennium Challenge de l'administration américaine ont été présentées au Congrès en février 2003 dans l'objectif de réduire la pauvreté en accordant une "attention spéciale" à la lutte contre la corruption. La mission de Transparency International (TI), à présent à sa dixième année d'existence en tant qu'organisation non gouvernementale leader dans la lutte contre la corruption dans le monde, est bien en vue dans l'agenda mondial.

Les gouvernements, le secteur privé et la société civile sont tous vitaux à l'équilibre de l'intégrité nationale et l'approche de TI dans la construction de coalitions était évidente dans l'évolution de la Convention anti-corruption de l'OCDE. La clé du succès de la Convention, entrée en vigueur en février 1999, réside dans le soutien apporté par les grandes entreprises. TI a rédigé une lettre, signée par 20 compagnies européennes, qui fut envoyée à leurs ministres pour les inciter à ratifier la Convention qui interdit la corruption des responsables publics étrangers. Nous avons réussi à mettre les entrepreneurs de notre côté en leur offrant une issue de secours au dilemme du prisonnier dans lequel il se débattait. De nombreux chefs d'entreprises sont contre la corruption mais sont contraints d'y recourir pour ne pas être supplantés par leurs concurrents.

La corruption persistera à moins que les compagnies ne créent une situation favorable à tous. Pour que les pays ratifient la Convention, ils doivent savoir que leurs entreprises seront confrontées à une situation où personne n'est favorisé. Aussi, les 35 gouvernements signataires doivent fournir les ressources aux plaignants, enquêteurs, tribunaux et inspecteurs fiscaux pour veiller à ce que la Convention soit appliquée et montrer que les compagnies qui versent des pots de vin feront l'objet d'enquêtes, paieront des amendes et seront mises sur une liste noire jusqu'à ce qu'elles changent leurs méthodes.

L'humeur tant des gouvernements que du secteur privé change rapidement. Depuis les scandales Enron, Global Crossing et WorldCom- et à présent Ahold en Europe - les parties prenantes et les gestionnaires des fonds de pension ayant été confrontés à cette réalité, le grand public n'a plus confiance dans les comptes financiers exhibés. La confiance doit être restaurée.

Les campagnes pour une plus grande transparence des entreprises commencent à gagner du terrain. Le 5 novembre 2002, les principaux pays producteurs ou distributeurs de diamants ont validé le programme de certification de Kimberley soutenu par les Nations unies qui retrace l'origine des diamants. Depuis janvier 2003, sans certificat d'origine, les diamants ne peuvent pas être importés. Ces mesures visent à endiguer le commerce des pierres précieuses originaires de zones en conflit, où leur négoce sert à enrichir les élites militaires et à servir leurs intérêts en prolongeant la guerre civile.

TI et Global Witness plaident en faveur de régulateurs internationaux comme la Securities and Exchange Commission aux Etats-Unis pour exiger des compagnies pétrolières, gazières et minières de rendre publiques leurs impôts, frais et royalties et autres paiements versés à chaque gouvernement hôte pour pouvoir être coté à une bourse internationale. La divulgation volontaire ne fonctionne pas car les entreprises redoutent la discrimination des pays hôtes. Par exemple, les ambitions de BP de "divulguer les montants payés" en Angola lui ont valu des menaces de cessation de contrat passé avec la compagnie angolaise publique Sonangol. BP et Shell soutiennent les révélations obligatoires.

Les compagnies doivent établir des codes de conduite incluant des règles détaillées conçues pour combattre la corruption dans leur territoire national et à l'étranger via leurs filiales. Pour ce, TI a développé, avec d'autres compagnies dont BP, General Electric, Shell et Tata, un ensemble de principes pour lutter contre la corruption. Ces propositions comprennent des programmes de formation comportant des conseils à tous les employés pour veiller à ce que la corruption - directe ou indirecte - soit interdite. Dans le cadre des directives d'un projet d'une autre ONG, la Global Reporting Initiative (GRI), les entreprises participantes doivent décrire leurs politiques et procédures mises en place pour combattre la corruption, y compris la manière dont elles répondent aux exigences de la convention anti-corruption de l'OCDE.

L'OCDE estime que les budgets annuels consacrés aux achats gouvernementaux dans le monde entier atteignent les 5 trillions de dollars. La perspective de voir des sommes colossales gaspillées en pots de vin est effrayante, tout comme les opportunités perdues lorsque les dépenses publiques sont dilapidées au lieu de répondre aux besoins basiques tels que l'éducation, la santé et l'hébergement. En outre, si une licence importante peut être obtenue seulement via des pots de vins et si les investisseurs étrangers doivent négocier des règles avant de pénétrer un marché, c'est le développement qui en pâtit.

Le message est clair : les gouvernements doivent travailler à la promotion d'une bonne gouvernance afin de favoriser le développement durable. Les chefs d'entreprises doivent se souvenir de leur rôle dépositaire et ne pas abuser du pouvoir qui leur ai confié pour qu'ils reportent les irrégularités honnêtement et rapidement, et consulter d'autres parties prenantes - comme la population locale ainsi que les urbanistes lorsqu'ils veulent construire une nouvelle usine. De même, ils doivent faire montre de courage et admettre les erreurs et les rectifier sans hésitation. Pour résumer, ce qui est requis c'est un leadership intègre.

Pour de plus amples informations:

Transparency International

ti@transparency.org

Tel: +49 30 3438 200

www.transparency.org

 
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